Dès lors que la divine Substance — en vertu de l’une de ses dimensions — « voulait » et « devait » manifester le monde avec sa multiplicité, elle voulait et devait du même coup manifester des témoins à ce monde et à cette multiplicité ; sans quoi l’Univers serait un espace inconnu rempli de pierres aveugles, et non un monde perçu selon une multitude d’aspects. Là où il y a les objets, il fallait qu’il y ait également les sujets : les creatures qui sont les témoins des choses font indissolublement partie de la création. Le voile de Mâyâ, en se déployant, a parsemé le vide non seulement de choses connaissables, mais aussi d’êtres capables de connaissance, à divers degrés ; le degré-sommet est l’homme, du moins pour notre monde, et sa raison suffisante est de voir les choses comme seule une intelligence capable d’objectivité, de synthèse et de transcendance peut les voir.
Archives Frithjof Schuon