L’eschatologie fait partie de la cosmologie, et celle-ci prolonge la métaphysique, laquelle s’identifie essentiellement avec la sophia perennis. On peut se demander de quel droit l’eschatologie peut faire partie de cette sophia, étant donné que, épistémologiquement parlant, la pure intellection ne semble pas révéler nos destins d’outre-tombe, alors qu’elle nous révèle les principes universels; mais en réalité, la connaissance de ces destins est accessible grâce à la connaissance des principes, ou grâce à leur juste application. C’est en effet en comprenant la nature profonde de la subjectivité, et non pas exclusivement par cette voie extérieure qu’est la Révélation 1, que nous pouvons connaître l’immortalité de l’âme, car, qui dit subjectivité totale ou centrale — et non partielle et périphérique comme celle des animaux — dit par-là même capacité d’objectivité, intuition d’Absolu et immortalité 2. Et dire que nous sommes immortels, signifie que nous avons existé avant notre naissance humaine — car ce qui n’a pas de fin ne saurait avoir un commencement —, et au surplus, que nous sommes soumis à des cycles; la vie est un cycle, et notre existence antérieure devait, elle aussi, être un cycle dans une chaîne de cycles. Notre existence postérieure aussi peut procéder par cycles, c’est-à-dire qu’elle y est condamnée si nous n’avons pas pu réaliser la raison d’être de l’état humain qui, étant central, permet précisément d’échapper à la « ronde des existences »
Archives Frithjof Schuon