Édité par Michael Pollack avec 125 reproductions en couleurs
« Ce que je cherche à exprimer… c’est le Sacré combiné avec la Beauté, donc les attitudes spirituelles et les vertus de l’âme. Et la vibration qui émane des peintures doit conduire vers l’intérieur. »
L’homme vit de la Vérité et de la Beauté ; ce n’est que relativement récemment que Schuon – largement reconnu pour ses écrits métaphysiques – s’est fait connaître comme un peintre d’une grande habileté et d’une vision unique. Ce nouveau volume présente pour la première fois 125 planches en couleurs de l’œuvre de Schuon et bien d’autres en noir et blanc. Les sujets abordés ici sont principalement tirés du monde fascinant des Amérindiens. Mais on y trouve aussi de nombreuses toiles sur le mystère de la féminité céleste et humaine. Les principales caractéristiques de l’art de Schuon sont la noblesse du sujet, la précision du dessin et la réverbération « impressionniste » de la surface ou des couleurs. « Ce que je cherche à exprimer… c’est le Sacré combiné avec la Beauté, donc les attitudes spirituelles et les vertus de l’âme. Et la vibration qui émane des peintures doit conduire vers l’intérieur. »
Frithjof Schuon n’est pas un peintre qui s’intéresse à la métaphysique ; c’est un métaphysicien qui, de temps en temps, produit une peinture. Cette distinction est essentielle parce que sa vocation fondamentale est la sagesse éternelle telle qu’elle s’exprime dans ses écrits, alors que son art apparaît plutôt comme une expression de la dimension esthétique, psychologique ou morale de la Philosophia Perennis. En d’autres termes, Schuon ne s’intéresse pas seulement aux principes métaphysiques, mais aussi, par conséquence, à leur rayonnement cosmique et humain ; ce qui signifie, non pas qu’il place intentionnellement tel ou tel archétype ou symbolisme dans une peinture – ce qu’il ne fait en fait pas – mais simplement que son intuition spirituelle, ou disons sa pensée contemplative, se manifeste dans ses productions artistiques.
Le sujet de l’art de Schuon est d’une part le monde indien des Plaines, et d’autre part le mystère de la féminité cosmique et humaine ; « Eternal Feminine » de Goethe (das Ewig-Weibliche) ou le Shakti indou. Le premier sujet trouve ses racines dans son affinité avec le monde fascinant de l’héroïsme et du mysticisme des Indiens rouges ; le second sujet de sa féminité sacrée par l’art – a ses racines dans la métaphysique et la cosmologie ; on pourrait aussi dire, dans un sens plus relatif, dans l’affinité de Schuon pour l’hindouisme. En fait, ses représentations de la Vierge Marie ne sont pas destinées à être des icônes chrétiennes ; elles universalisent la Vierge céleste d’une manière qui fait penser à l’art hindou et peut-être mahayanique.
Vers la fin de ce recueil, le lecteur trouvera un certain nombre d’images qui ne sont pas des images indiennes rouges ; certaines représentent la Vierge Marie vue sous un jour ésotérique, d’autres représentent les mystiques hindous Akka Mahadevi et Lalla Yogishwari, ou d’autres saintes femmes du même type, les deux sujets étant liés avec le mystère tantrique de la nudité sacrée. Cette dernière remarque s’applique aussi aux images de la Vache-Buffalo-Blanche qui a apporté la Pipe Sacrée aux Indiens Lakota ; on peut ajouter que les coiffes qu’elle porte dans certaines peintures de Schuon, ou d’autres détails, ont une importance symbolique et ne signifient pas que la personne céleste est réellement apparue de cette façon. Dans ce contexte, répétons ici l’opinion d’un auteur français : la couronne à plumes des Indiens rouges est la coiffe la plus majestueuse que le génie humain ait jamais conçue. En fait, le génie indien des Plaines est comme une combinaison du bison, de l’aigle et du soleil, symboliquement parlant, la terre et le ciel, et entre eux le messager des dieux.